Il a passé quinze ans à devenir quelqu’un d’autre. Il n’avait pas prévu qu’elle le verrait, lui.
Alma Roma a tout quitté. L’empire de verre de son père. Le nom qui écrase. Elle a bâti son propre territoire dans un studio de Shoreditch, briques apparentes et lumière nord, loin des mensonges de Canary Wharf. Elle contrôle tout. Elle ne fait confiance à personne.
Jusqu’au jour où un inconnu entre dans sa pièce — et l’air se déplace.
Acton Pike n’est pas un client comme les autres. Il sait exactement comment elle prend son café. Il lit son travail comme s’il avait passé des mois à l’étudier. Ses yeux gris-vert ne sourient jamais vraiment. Et son CV est trop propre, trop parfait — comme si quelqu’un l’avait poli jusqu’à ce qu’il brille comme du verre.
Parce que c’est exactement ça.
Acton Pike n’existe pas. Remi Mira, oui. Dix-sept ans. Un appartement vide à Hackney. Les mains froides de sa mère sur les siennes, et une partition volée — Cendre dorée — que Dag Roma a revendue pour dix-huit millions sans jamais citer son nom. Une promesse faite à une mourante. Quinze ans de mensonges construits pièce par pièce pour s’approcher d’une seule chose : la vérité.
Et Alma Roma est la porte d’entrée. Rien de plus.
C’est ce qu’il se répète.
Mais il y a ce rire. Ce rire qu’il n’avait pas prévu, capt sur une vidéo de surveillance, qui glisse sous sa peau comme une écharde impossible à retirer. Ce genou contre le sien dans un pub bruyant de Borough Market. Ce centimètre — un seul — entre leurs bouches dans un studio silencieux à 23h.
La mission est claire. Depuis quinze ans.
Sauf qu’il ne sait plus si ce qu’il cache est plus dangereux que ce qu’il ressent.
Que reste-t-il d’une vengeance parfaite quand la seule personne qu’on a blessée est la seule qu’on ne voulait pas perdre ?

