« On ne pose jamais un chapelet dans la mauvaise main. »
À Vaudry-en-Auge, petit village du Pays d’Auge où les pommiers ploient au-dessus des manoirs à colombages, tout le monde connaît Bertille Serpolet.
Soixante-quinze ans, ronde et solide, robe sombre à col de dentelle, camée hérité, chaussures noires plates — et un chihuahua nommé Bernard qui voyage dans son Grand Sac, entre le carnet noir et les bonbons à la violette.
Quarante-quatre ans à servir les curés de la paroisse lui ont appris trois choses : faire le café fort, écouter sans qu’on s’en aperçoive, et remarquer ce qui n’est pas à sa place.
Or ce dimanche d’août, beaucoup de choses ne sont pas à leur place. Le tilleul perd ses fleurs trop tôt. Les pommes tombent avant l’heure. Et Apolline de la Houssaye, la châtelaine du village, qui devait annoncer quelque chose à la kermesse, est retrouvée morte au prie-Dieu de sa chapelle privée.
La gendarmerie conclura à un malaise.
Bertille, elle, a vu le chapelet. Et à soixante-quinze ans, elle sait que les choses qui s’éloignent de leur place ne s’y remettent jamais toutes seules.
Alors elle ouvre son carnet noir.

