H.S. Merriman – L’Île Passionnée

« Le soleil allait disparaître derrière une bande de nuages immobiles au-dessus de la Méditerranée. Le mistral soufflait. Les rayons obliques du soleil couchant illuminaient violemment les côtes escarpées de la Corse et faisaient étinceler les fenêtres du village d’Olmeta.
Il y a deux Olmeta en Corse, toutes deux au nord de l’île, toutes deux haut perchées comme des nids d’aigle au-dessus de ces eaux de la Méditerranée qui ne sont pas toujours du bleu que chantent les poètes, mais souvent blanches d’écume. Cette mer n’est pas davantage unie comme une glace, mais se montre souvent aussi perfide et dangereuse que n’importe quelle autre sur notre globe. En fait, hors du milieu de l’été, aucun baromètre, aucune connaissance du temps ne pourraient prédire l’heure où s’élèverait le mistral, quelle serait sa force, comment il tournerait, quand il tomberait et s’élèverait de nouveau. Un jour il soufflerait avec rage dans un ciel sans nuage en blanchissant la mer sous les crêtes de fortes vagues, et un autre jour il poursuivrait frénétiquement de grands nuages dans l’étendue.
Cette fois-là, les grands châtaigniers d’Olmeta gémissaient et luttaient avec effort contre leur séculaire ennemi. Portes et fenêtres de toutes les maisons étaient rigoureusement closes. Toute la place du centre du village était méticuleusement balayée par les rafales ; ni là, ni dans les rues on n’eût trouvé un grain de sable, tant le mistral fait consciencieusement son périodique service de la voirie.
Seul au milieu de la place, entre la fontaine et les escaliers de l’église, un homme était étendu, face contre terre, mort. »

 

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